Depuis plusieurs années, notre pays est malheureusement confronté à des incendies de forêt d’une ampleur préoccupante, qui occasionnent parfois des pertes humaines, la destruction d’habitations et d’exploitations agricoles, ainsi que des dommages considérables aux écosystèmes forestiers et aux économies locales.

Face à cette situation, les pouvoirs publics ont consenti d’importants efforts pour renforcer les moyens de prévention et de lutte contre les incendies : mobilisation de la Protection civile, renforcement des moyens humains et matériels, ouverture et entretien de pistes forestières, acquisition de moyens aériens, mobilisation des services des forêts, des collectivités locales et des différents corps de sécurité.

Cependant, malgré ces efforts, l’expérience des dernières années montre que les moyens d’intervention peuvent rapidement être dépassés lorsque plusieurs départs de feu surviennent simultanément, notamment dans des zones montagneuses difficiles d’accès et fortement boisées.

Dans une wilaya comme Béjaia, caractérisée par un relief accidenté, un habitat dispersé et de nombreux villages situés au contact direct des espaces forestiers, la lutte contre les incendies ne peut donc reposer uniquement sur les moyens d’intervention mobilisés une fois le feu déclaré.

L’observation des incendies survenus au cours des dernières années montre également qu’une partie des pertes humaines et des dégâts matériels pourrait être évitée ou limitée grâce à une meilleure anticipation, préparation et organisation des populations exposées.

Une question fondamentale doit ainsi être posée : Sommes-nous suffisamment préparés avant que le feu n’arrive ?

La prévention des incendies de forêt ne doit pas uniquement concerner la surveillance des massifs et l’intervention des services spécialisés. Elle doit également intégrer la préparation des habitants des villages exposés : connaissance des risques, identification des zones dangereuses, organisation des évacuations, protection des personnes vulnérables, entretien des abords des habitations, connaissance des comportements à adopter et coordination avec les services de secours.

C’est précisément dans cette perspective que l’Association Espoir pour le développement de la wilaya de Béjaia avait proposé, dès 2024, l’organisation de journées de sensibilisation et de formation consacrées à la prévention et à la gestion des incendies de forêt.

Le projet devait prendre la forme d’un séminaire-formation réunissant les représentants des villages exposés aux incendies, les associations locales, les spécialistes, les services de la Protection civile, les services des forêts, les collectivités locales et les différentes autorités concernées.

L’objectif n’était nullement de se substituer aux institutions chargées de la prévention et de la lutte contre les incendies. Il s’agissait, au contraire, de créer un espace de concertation permettant de renforcer la complémentarité entre l’action des pouvoirs publics, l’expertise des professionnels et la capacité d’organisation des communautés villageoises.

Cette rencontre devait poursuivre plusieurs objectifs complémentaires

Tout d’abord, elle devait permettre de réaliser un diagnostic partagé du dispositif existant, en identifiant les points forts, mais également les difficultés rencontrées sur le terrain : accès aux villages, disponibilité des points d’eau, circulation des véhicules de secours, systèmes d’alerte, coordination entre acteurs, modalités d’évacuation ou encore prise en charge des personnes vulnérables.

Ensuite, les échanges entre professionnels, autorités et représentants des villages devaient permettre de formuler des recommandations opérationnelles susceptibles d’améliorer les dispositifs locaux de prévention et d’intervention.

Mais la dimension la plus importante du projet concernait la formation des populations exposées. Il s’agissait d’apprendre aux habitants non pas à se substituer aux pompiers ou à affronter directement les incendies, ce qui pourrait les exposer à des dangers supplémentaires, mais à adopter les comportements appropriés avant, pendant et après un incendie.

Avant les incendies : préparer le village et réduire sa vulnérabilité

La période précédant la saison des feux doit être mise à profit pour identifier les zones à risque, dégager les accès nécessaires aux secours, repérer et entretenir les points d’eau, réduire la végétation combustible autour des habitations lorsque cela est autorisé et techniquement approprié, identifier les personnes âgées, malades ou à mobilité réduite, définir des itinéraires d’évacuation et organiser les moyens de communication et d’alerte. Chaque village particulièrement exposé pourrait ainsi disposer progressivement d’un plan local simplifié de prévention et d’urgence, élaboré en coordination avec les autorités compétentes.

Pendant les incendies : protéger les vies avant les biens

Lorsque le feu se déclare, quelques décisions prises dans les premières minutes peuvent être déterminantes.

Les populations doivent savoir qui alerter, quelles informations transmettre, quels itinéraires éviter, comment faciliter l’accès des secours, comment organiser l’évacuation des personnes vulnérables et quels comportements peuvent au contraire augmenter les risques.

La priorité absolue doit rester la protection des vies humaines

Une population formée est également mieux préparée à respecter les instructions des autorités et des services de secours, à éviter les mouvements de panique et à contribuer à une meilleure circulation de l’information.

Après les incendies : organiser la solidarité et le retour à la normale

La gestion d’un incendie ne prend pas fin avec l’extinction des flammes. Les villages touchés doivent ensuite faire face aux conséquences humaines, sociales, agricoles, économiques et environnementales de la catastrophe

La formation devait également aborder cette phase : identification des besoins urgents, accompagnement des familles sinistrées, coordination des actions de solidarité, évaluation préliminaire des dommages, vigilance face aux reprises de feu et contribution à la restauration des espaces touchés en coordination avec les autorités compétentes.

Ainsi, l’ambition du projet proposé en 2024 était relativement simple : faire du citoyen informé, organisé et formé un acteur complémentaire du dispositif de prévention, sans jamais le transformer en intervenant professionnel.

Malheureusement, faute de financement, ce projet n’a pas pu être mis en œuvre. Aujourd’hui, alors que notre territoire est de nouveau confronté aux conséquences dramatiques des incendies, cette initiative apparaît plus que jamais pertinente. Nous constatons une nouvelle fois que nous sommes souvent contraints d’agir dans l’urgence, lorsque les flammes sont déjà présentes, les populations menacées et les moyens de secours fortement sollicités.

Or, une véritable politique de gestion des risques doit commencer bien avant la catastrophe. Il est donc nécessaire de passer progressivement d’une logique exclusivement centrée sur la réaction à une démarche articulant quatre dimensions :

Prévenir – Préparer- Intervenir -Reconstruire.

Dans cette démarche, les habitants des territoires exposés ne doivent pas être considérés uniquement comme des victimes potentielles ou des bénéficiaires de l’intervention publique. Ils constituent également une ressource essentielle pour la prévention, à condition d’être correctement informés, formés, encadrés et intégrés dans les dispositifs institutionnels.

Les associations locales et les comités de villages peuvent, à ce titre, jouer un rôle de relais entre les populations et les institutions. Leur connaissance du terrain, des chemins, des points d’eau, des habitations isolées et des personnes vulnérables constitue un capital territorial qu’il serait utile d’intégrer dans la préparation des dispositifs de prévention.

Il ne s’agit donc pas de demander davantage de responsabilités aux citoyens. Il s’agit de leur donner les connaissances nécessaires pour mieux protéger leur vie, leur famille et leur village tout en facilitant l’action des professionnels du secours.

C’est pourquoi l’Association Espoir pour le développement de la wilaya de Béjaïa considère aujourd’hui nécessaire de relancer et d’élargir le projet initié en 2024, en partenariat avec les autorités locales, la Protection civile, les services des forêts, les collectivités territoriales, les spécialistes universitaires et les associations des villages concernés.

Au-delà d’un simple séminaire ponctuel, cette initiative pourrait constituer le point de départ d’un programme pilote de résilience villageoise face aux incendies de forêt dans la wilaya de Béjaïa. Quelques villages particulièrement exposés pourraient être retenus dans un premier temps afin d’y expérimenter : Des formations destinées aux habitants et responsables associatifs ; des diagnostics participatifs des risques ; une cartographie locale des accès, points d’eau et zones sensibles ; l’identification préalable des personnes vulnérables ; des procédures simples d’alerte et d’évacuation ; des exercices de simulation en coordination avec les services compétents ; des actions annuelles de sensibilisation avant le début de la saison des incendies.

Les enseignements tirés de cette expérience pilote pourraient ensuite permettre d’améliorer le dispositif et, si les résultats sont concluants, de l’étendre progressivement à d’autres villages et communes. Le coût de la prévention sera toujours à mettre en perspective avec le coût humain, économique, social et environnemental d’une catastrophe. Nous ne pouvons évidemment pas empêcher tous les départs de feu. Nous ne pouvons pas davantage maîtriser toutes les conditions climatiques qui favorisent leur propagation.

Mais nous pouvons mieux nous préparer

Chaque accès identifié avant l’incendie, chaque point d’eau recensé, chaque habitant sensibilisé, chaque personne vulnérable repérée et chaque procédure d’évacuation préparée représente potentiellement du temps gagné lorsque survient l’urgence.

Et, dans une situation d’incendie, quelques minutes gagnées peuvent parfois contribuer à sauver des vies. L’enjeu n’est donc pas uniquement de disposer de davantage de moyens pour combattre les incendies.

Il est également de construire, avec les institutions et les citoyens, des territoires mieux préparés, mieux organisés et plus résilients face au risque d’incendie. C’est précisément le sens de l’initiative portée par l’Association Espoir pour le développement de la wilaya de Béjaia.

Enfin, les membres de l’Association Espoir pour le développement de la wilaya de Béjaia tiennent à exprimer leurs sincères condoléances aux familles des victimes des incendies survenus sur le territoire national. En ces moments particulièrement douloureux, ils leur témoignent toute leur compassion et leur solidarité. Que Dieu accorde aux victimes Sa miséricorde et apporte à leurs familles et à leurs proches la force, le courage et la patience nécessaires pour surmonter cette douloureuse épreuve.

Par Professeur Boukrif Moussa

Vice-président de l’association espoir pour le développement de la wilaya de Bejaia

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