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Pr Abdelkader Djeflat, auteur, expert dans le domaine de l’économie de la connaissance à Algérie62: « Le potentiel scientifique Algérien, n’a pas été correctement évalué ni valorisé d’une façon optimale.»

   

Sollicité pour nous éclairer d’avantage sur la question de l’économie de la connaissance en tant que spécialiste en matière, Pr Abdelkader Djeflat, Président du CSI, faculté des sciences économique/laboratoire CLERSE à l’université de Lille, souligne que « La réalité des choses, nécessitent d’être reformatés à l’aune de l’économie du savoir. Parce que, le capital savoir et savoir-faire  a été faible dans la plupart des cas dans notre pays », a déploré Pr Djeflat, qui nous a accordé cet entretien avec un cœur et ouvert et un esprit scientifique reconnu.  


Algerie62: Vous venez de publier un livre avec la collaboration de M Rachid Benaissa, ancien ministre de l’agriculture et développement rural qui porte sur le sujet planétaire relatif à l’économie de la connaissance intitulé « Economie de la connaissance et le développement agricole et rural : L’expérience Algérienne », Casbah Edition, préfacé par l’illustre chercheur algérien Belgacem Haba. Plusieurs observateurs soulignent que c’est l’un des premiers ouvrages dans le domaine en Algérie. Qu’en est-il justement de son importance pour le pays ?    

Abdelkader Djeflat : Je pense que ce qui est dit n’est pas totalement faut. Il est en effet rare de voir un homme de terrain et en particulier un décideur public de rang de ministre «Rachid Benaissa Ndlr», s’associer à un universitaire pour écrire un même ouvrage. Ce qui a existé jusqu’au jour d’aujourd’hui. C’est souvent un travail de transcription d’une expérience d’un homme de terrain par un universitaire. C’est-à-dire un universitaire qui fait parler un ancien décideur ou un universitaire qui relate l’expérience d’un homme de terrain. Ce que nous avons fait est différent et revêt un  triple intérêt à mon avis. 1/D’abord il constitue la capitalisation d’une expérience vécue en Algérie d’une manière concrète entre le rapprochement de la sphère du savoir et celle de l’économie. En effet dans une société où l’oralité domine, il est important que l’écrit reprenne sa place et son importance comme moyen de codification. Ensuite, c’est un moyen de montrer que certains modèles et théories élaborées au sein des laboratoires et équipes de recherches peuvent se traduire pleinement en instruments de politique publique pour relancer un secteur aussi important que l’agriculture en Algérie. 3/  Enfin, c’est un outil de travail qui permet à tout secteur intéressé par le sujet de s’inspirer de la démarche pour élaborer sa propre stratégie d’insertion dans l’économie de la connaissance qui est un choix stratégique fait au plus haut niveau de l’Etat. D’une manière plus spécifique pour le secteur de l’agriculture et du développement rural, il montre qu’il n’est plus de mise de rester sur des anciens schémas et modèles qui sont devenus désuets pour régler la question agricole. De nouvelles visions qui mobilisent le savoir d’une manière prépondérantes sont nécessaires. Les décideurs actuels en charge du secteur devraient tirer toutes les leçons de l’expérience et à mon  avis, poursuivre et approfondir la démarche que nous avons analysée. Il y a bien sûre des mises à jour à faire puisque l’expérience que nous décrivons date des années 2000-2013. Beaucoup de choses ont changé depuis, même si le fonds reste le même. On parle maintenant de l’agriculture 4.0 (intelligence artificielle, IOT, réalité augmentée etc. appliqués à l’agriculture). D’où l’importance de cet ouvrage pour le chercheur dans le domaine, pour l’enseignant et l’étudiant.  

L’économie de la connaissance est ouverte à tous les domaines. Peut-on avoir une définition scientifique succincte pour mieux cerner le travail scientifique de votre recherche ?  

Vous faites bien de le rappeler: l’économie de la connaissance concerne quasiment tous les domaines d’activité puisque le savoir est transversal à toutes les activités, aussi bien celles dites modernes que celles considérées comme traditionnelles.  Plusieurs tentatives ont été faites pour la définir depuis son émergence dans les années 90. Les premiers à s’être approprié le concept, sont les organisations internationales comme l’OCDE qui lui a donné  une première définition dès 1993: c’est une économie où de la connaissance et l’innovation sont le moteur essentiel de la compétitivité et du développement économique et social d’un pays. L’institut de la Banque Mondiale l’a également définit comme une économie dans laquelle les connaissances sont obtenues, transmises et utilisées plus efficacement par les individus, les entreprises, les organisations et les communautés pour promouvoir le développement économique et social « IBM 2003 ». Il y en a d’autres comme le PNUD, Unesco etc. Sans parler de toutes les définitions venant du monde académique. On pourrait la définir tout simplement comme une économie qui mobilise au maximum ses gisements de connaissance et son potentiel de créativité inclus ceux de l’entreprise pour produire de la richesse, de la compétitivité et du développement durable.
 
A la lecture de votre ouvrage, l’on retrouve le développement de plusieurs chapitres en matière qui sont  développés par l’ancien ministre de l’agriculture et développement rurale, à savoir M Rachid Benaissa, qui ont donné des résultats plus au moins importants dans le secteur agricole en Algérie. S’agit-il d’une reconstruction de l’expérience que l’on a vécu ou bien, ce sont les résultats scientifiques de votre recherche qui a  été mise en valeurs ?  

Je pense qu’il y a les deux à la fois. Si vous revenez à la structure de l’ouvrage, vous trouverez les réponses à votre question. Nous avons d’abord relaté dans les trois premiers chapitres toute la recherche que nous avons menée, mais pas que cela. Il y avait également tout  le travail  de sensibilisation que nous avons mené auprès des décideurs dont le CNES et certains ministères comme celui délégué à la recherche à l’époque etc. Cependant, ces travaux scientifiques que nous avons menés, n’avaient pas trouvé de terrain d’ancrage pour être testés sur le terrain. La rencontre productive avec le secteur agricole en la personne de son premier responsable le Ministre Rachid Benaissa, lors de la première conférence nationale de l’économie de la connaissance qui s’est déroulée en 2006 à l’université de Mostaganem a permis cela. Il y a donc, cette dimension qui est importante pour moi d’application d’un modèle considéré par certains comme de la pure théorie. C’est cette synergie qui s’est créée entre monde académique et monde économique, en l’occurrence l’agriculture ici, que nous avons voulu relater. C’est donc aussi, comme expliqué dans les chapitres suivants, la reconstruction de l’expérience vécue et que le citoyen algérien et le lecteur du secteur agricole en particulier est en droit de connaître. C’est également une ouverture vers la jeunesse pour signaler que les porteurs de projets innovants, les créateurs peuvent investir largement dans le domaine de l’agriculture et du développement rural pour initier des start-ups.
 
L’Algérie possède toutes les richesses naturelles, humaines et scientifiques à l’international, mais malheureusement, elles ne sont pas mises en valeurs. La cherté des produits ET PARFOIS le manque des produits surtout durant les mois de ramadhans, reflète directement  les résultats de la règle du marché de l’offre et de la demande. Votre analyse de la situation.   

Vous posez une question plus large que ce qui été visé dans l’ouvrage. Mais ce n’est pas déconnecté du travail. Les deux ne sont pas forcément liés. Dans un cas nous parlons de stratégies de valorisation de ressources qui est un phénomène à long terme et dans l’autre, de processus qui peuvent être de nature purement conjoncturelle. Comme vous l’avez si bien dit, l’Algérie possède un énorme potentiel insoupçonné même de la part des décideurs. En effet son potentiel scientifique, technique et entrepreneurial n’a pas été correctement évalué jusqu’au jour d’aujourd’hui et par conséquent pas valorisé d’une façon optimale. Ce potentiel existe en interne et à l’extérieur au sein de la communauté algérienne établie à l’étranger. C’est une tâche à faire et où la sphère de la recherche et l’université, en particulier pourrait jouer un grand rôle. De ce fait nous ne bénéficions pas des gains de productivité et tous les apports du capital immatériel et de l’intelligence dont nous disposons pour être compétitifs en interne et sur le marché international. Ce qui se traduit effectivement en produits importés qui répondent aux règles du marché international, mais également en déficits multiples qui peuvent se refléter dans la sphère du marché. Les mécanismes de régulations mis en place ne répondent, de ce fait, pas toujours à la réalité des choses et nécessitent d’être reformatés à l’aune de l’économie du savoir.      

Malgré toutes les expériences négatives ou positives que l’on a vues et vécues dans le monde de l’agriculture, à commencer par le manque des produits et leurs cherté, au point d’importer la pomme de terre et des oignons etc., on continue de revivre les mêmes situations. ce qui veut dire que le discours, la théorie et la pratiques ne se suivent pas totalement la réalité. Pourriez-vous nous éclairez sur ces défaillances, au point de devenir de mauvais élèves pendant que d’autres tirent des leçons de nos faiblesses ?

 
C’est un point crucial que vous soulevez et seuls les spécialistes du secteur que je ne suis pas peuvent répondre d’une manière concise. Je ne pourrais que reprendre ici certaines parties de l’ouvrage. Vous verrez dans l’ouvrage et comme le décrit Dr Rachid Benaissa, des progrès importants, effectués ces dernières années dans le domaine de l’agriculture et le développement rural, notamment depuis que l’approche par l’économie du savoir a été appliquée dans son redressement les années 2008-2013. Ceci a permis de développer une certaine résilience du secteur qui a montré sa capacité à résister aux chocs extérieurs d’une manière appréciable surtout sur les produits dits frais (crise financière mondiale, covid etc.). Cependant, le marché reste dépendant de certains produits encore importés, ce qui n’est pas propre à l’Algérie et ceux-là vont dépendre de la fluctuation des prix mondiaux, de la capacité financière de la politique de l’Etat. Par ailleurs, comme tout marché, l’offre et la demande vont jouer pleinement. Bien entendu, tous les problèmes de spéculations, des intermédiaires largement couverts par les médias y jouent un rôle important dans ces dérèglements. Mais d’une manière générale, vous touchez un point important dans une économie de la connaissance ce qui est l’apprentissage ou « Learning » à telle enseigne qu’elle est aussi qualifié de « la learning économy ».  Et sur ce point, l’Algérie a montré de grandes faiblesses : on a tendance à faire table rase de ce qui a été fait pour apporter de nouveaux éléments. C’est le redémarrage éternel qui coûte énormément au pays avec souvent le bébé qui est jeté avec l’eau de bain pour utiliser une expression populaire. Ceci ne veut pas dire, pour autant, s’agripper à des connaissances devenues obsolètes. Il y a un équilibre à faire.  

Le monde de l’économie de la connaissance est très vaste. Peut-on au moins aller vers les secteurs prioritaires pour sortir de la dépendance des importations et répondre aux besoins du marché local et garantir la stabilité et l’équilibre en matière de pouvoir d’achat en termes de fruits et légumes au moins ?   

Comme vous l’avez si bien observé, la question du choix des secteurs prioritaires pour atténuer la dépendance est une question ancienne que les anciens modèles économiques n’ont pas réglée. On l’a traité à travers le fameux modèle de la substitution aux importations déjà largement adopté par l’Algérie des années soixante-dix.  Avec les nouvelles donnes, la question se repose du fait de l’émergence d’un certain nationalisme économique qui n’est pas propre à l’Algérie. La crise de la COVID, l’a encore reposé d’une manière aigue. Comme expliqué dans l’ouvrage, un impératif stratégique majeur pour faire sortir l’Algérie du piège des économies à revenus intermédiaires dans lequel, elle se trouve comme beaucoup de pays, aussi bien africains que Latino-américains. La diversification dans des secteurs à haute intensité en connaissance est donc un impératif majeur: l’aéronautique, le spatial, le digital, etc. Mais d’une manière générale, les secteurs exposés à la concurrence internationales, ont ceux qui bénéficieront le plus de l’économie de la connaissance pour la simple raison qu’ils sont soumis à la concurrence des secteurs de pays pleinement insérés dans cette économie. Autant dire, que tous les secteurs de la transformation pour les biens de consommation directe et durable sont concernés. Dans cette situation, il y a lieu d’examiner la position de ces secteurs dans les chaînes de valeurs globalisées surtout dans une perspective d’exportation. Mais d’autres secteurs liés à la sécurité d’une manière générale (alimentaire, énergétique et sanitaire) et également à la sécurité digitale, sont vitaux. Et cela revient à examiner aussi la productivité totale des facteurs qui est fondamentale dans la compétitivité des entreprises et des économies et où le capital savoir et savoir-faire jouent un rôle crucial. Elle a été faible dans la plupart des cas.  

On a souvent tendance à parler beaucoup et on fait très peu. Avez-vous quelques choses à ajouter pour conclure ?

  Il est difficile de conclure dans un champ aussi vaste qu’ouvre l’économie de la connaissance au pays en termes de perspective de transformation de l’économie du pays. Il ne s’agit donc pas que de changement. Cette hargne à gagner et â être les meilleurs que l’on trouve sur le terrain de football et qui mobilise énormément de jeunes doit être capturée et transposée sur le terrain du développement économique et social. Des solutions transformatives et  disruptives  doivent être envisagées.   Et tout comme pour le football, il y a un besoin de mobiliser toutes les potentialités et celles des compétences à l’étranger qui sont largement sous-utilisées que celles au niveau national. Une politique plus agressive devrait être suivie pour une insertion plus rapide dans l’univers de l’économie du savoir.   

Entretien réalisé par Amar CHEKAR
 
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