« Quand on a peuple cultivé. Il ne faut pas avoir peur. La plus grande richesse, c’est quand on est bien dans sa peau. C’est quand on a un bon cœur ». Souligne Belkacem Rouache, ancien journaliste, écrivain et scénariste qui a bien voulu partager sa culture et savoir avec une grande modestie.
Algerie62 : Vous êtes journaliste, écrivain, scénariste et animateur d’émissions dans les arts graphiques. Qu’est-ce que c’est être auteur en finalité?
Belkacem Rouache : …réflexions…être auteur en Algérie ? Tout d’abord il faut trouver un travail pour vivre et en parallèle écrire sans compter sur l’écriture, les scénarios et livres pour vivre. L’Algérie n’a pas encore atteint le niveau ou l’auteur, l’artiste ou l’écrivain peut vivre de ses écrits. Donc, il doit etre vigilant et c’est ce que je conseil souvent aux gens des médias, réalisateurs etc. il faut toujours trouver un boulot à côté pour vivre. L’écriture ça reste toujours pour son plaisir d’écrire. C’est très rare d’arriver à gagner sa vie en écrivant. Par éxemple, vous avez 10% dans le roman et les gens ne lisent pas beaucoup, il y a très peu de lecteurs. Donc, on ne peut pas vivre avec ces 10%. La même chose pour le cinéma. Ce n’est pas organisé. A la télévision. Vous écrivez un scénario, si l’on accepte votre scénario, vous devez attendre plusieurs années pour sa réalisation avant de vous payer. Donc, il faut être très vigilant, si non, vous ne pouvez pas arriver à faire vivre votre famille. Mon cas, comme journaliste, j’avais un salaire fix mensuel, c’était ça en quelques sortes qui me permettait d’écrire tout en travaillant en parallèle dans des émissions radiophonique pendant 5 ans toujours en étant journaliste. Le temps libre, notamment la nuit, j’écrivais des scénarios. Si non, si je me suis amusé d’écrire des scénarios avant de faire le journalisme je n’aurai pas pu gagner mon pain.
Justement. On parle souvent de subventions en faveur des artistes, du livre de la presse etc, mais, lorsque l’on pose la question à n’importe quel artiste et écrivain et journaliste, ils vous diront que ce n’est pas vrai. Nous n’avons que des discours.
L’Etat encourage le livre. Mais, d’un autre côté, il faut se poser la question. Mais combien et qu’est-ce que on gagne lorsque l’Etat publie le livre du romancier ? C’est pratiquement rien du tout. Ton livre se vend, tu auras des journalistes qui vont te faire des entretiens et des lecteurs et lectrices qui vous suivent et vous posent des questions, mais, tu ne gagnes pas dans tout ça. Tu n’as que 10% de ce que tu écris. On n’a pas beaucoup de lectorat en Algérie. C’est très rare. D’ailleurs, dernièrement, je me suis étonné lorsqu’un des libraires m’a dit que j’ai vendu 20 de tes livres en peu de temps. Pour moi, c’est important. On m’a dit que ce sont des étudiants qui l’ont acheté pour préparer un master de leurs spécialités. Si non, le livre se vend très doucement en Algérie. Il n’y a qu’à voire l’absence de lecteurs dans la rue, les espaces publics etc. En Europe, vous allez trouver des gens qui lisent dans les bus, le métro, les cafés, les parck, les jardins, chez eux. Mais, en Algérie, vous ne trouvez personne en train de lire un livre pour se cultiver et s’ouvrir vers d’autres horizons littéraires etc. Nous sommes à Alger, on ne voit pas de personnes qui lisent. Ces derniers temps, on ne lit même pas les journaux. C’est la décadence totale. Maintenant, les gens sont branchés beaucoup plus sur internet.
Pensez-vous justement que c’est pour toutes ces raisons que vous évoquez que les auteurs préfèrent souvent éditer leurs livres en France et dans d’autres pays comme le Canada par éxemple ?
Oui, à l’étranger les gens lisent et continuent de lire beaucoup. D’ailleurs ce sont les plus grands pays développés qui lisent plus. Les Etats Unis, les Russes, la France, les Italiens etc. Du moins, durant les années 1970, il y avait du théâtre, du cinéma etc, les gens lisaient beaucoup. Dans les années 1980. J’ai édité deux recueils de poésies, ça a très bien marché. Les gens achètent des livres même pour encourager les auteurs. Maintenant, ce n’est pas le cas. Il n’y a plus rien. Il y a aussi, l’école qui ne joue pas son rôle pour encourager les élèves pour la lecture. L’enseignant lui-même ne lit pas. Il y a des enseignants qui n’ont jamais lu un livre. J’en connais plein. Et même à l’université il y a des professeurs qui n’ont jamais lu un livre. Ils lisent uniquement pour passer son diplôme. Pas plus. C’est comme le primaire. C’est tout.
Vous parlez du rôle de l’école. Est-ce que l’on doit justement introduire un programme, ou des programmes spéciaux pour motiver les élèves pour lire, lire et lire d’avantage dès leurs enfances ?
J’avais dit une fois à la télévision que les écoles n’invitent pas les auteurs même aux primaires, afin d’inculquer l’amour et la culture du livre et discuter avec les élèves et discuter sur l’importance du livre, d’un écrivain etc. Je suis sûr que l’écrivain va leurs dires de lire et ça va stimuler les enfants pour la lecture et c’est les mêmes choses pour les artistes, les peintres etc. La culture c’est tout ce qui nous reste lorsqu’on a tout perdu. Le principal patrimoine du pays c’est la culture. Quand on a peuple cultivé. Il ne faut pas avoir peur de son peuple.
Pensez-vous réellement que c’est l’arrivée et l’évolution rapide des nouvelles technologies de l’information qui s’est répercuté négativement sur le niveau culturel et l’absence de lectorats aussi bien pour le livre et les journaux papier ?
Les Américains sont plus développés que nous dans le domaine des technologies et ils sont les plus grands lecteurs. La lecture c’est autres choses. C’est différents par rapport aux films, à l’audiovisuelle et la télévision etc. La lecture c’est autre chose. Le livre c’est autre chose. Vous savez, quand vous avez un livre entre vos mains, vous pouvez lire, tourner la page, relire, revenir sur la page, souligner certains passages est souligner les passages qui vous tient pour la mémoire. Ce plaisir on le développe depuis notre enfance. Mais, si on ne lit pas depuis le primaire, c’est un problème et ce n’est productif à la longue. Ce n’est pas le cas pour le film cinéma, la télévision. Vous subissez l’image et le son sans pouvoir revenir sur terre telle et telle séquence et situations.
Peut-on revenir à vos productions ?
J’ai écrit trois recueils de poésies. Le dernier s’intitule « Quand la pierre à soif elle va à la mer » édité par l’ENAG. Un roman également « Naufrage Rythmé » qui va être adapté au théâtre. « L’homme qui regarde la mer » qui est un roman, « La grotte » suivie de nouvelles. Un livre sur les arts plastiques, « Les sept femmes » est un livre écrit pour l’Unicef et destiné essentiellement pour les enfants. « Cri de mouette » adapté au cinéma, le roman adapté au feuilleton « Chahra » qui est passé plus de 40 fois à la télévision. « Makach Gazeuz ya Azzouz » réalisé par Amar Tribeche. J’ai un film long métrage « La dernière balle » un film sur la guerre d’Algérie qui va sortir prochainement avec le réalisateur Lamine Merbah. J’ai produit plusieurs émissions à la radio chaîne1 dans les arts plastiques qui est la première émission en Algérie, une autre émission radiophonique « neghmate Bladi ».
On dit que Belkacem Rouache est très riche. Ou se situe votre richesse exactement ?
Quelle richesse ? La plus grande richesse c’est quand on est bien dans sa peau. C’est quand on a un bon cœur, on a beaucoup d’amis, on garde de bonnes relations, El hamdoulilah. C’est tout ce que j’ai gagné. Soit à la radio, le cinéma, dans la presse. J’ai gardé toujours de bons contacts et une amitié saine. J’ai des anciens collègues que je considère comme des frères. J’ai un seul frère, mais j’ai beaucoup de frères en dehors de ça. On peut tomber quand on est riche matériellement, mais, quand on a beaucoup de frères en dehors du matériel, on ne peut pas tomber. El hamdoulah. Quand on a beaucoup d’amour et on est bien entouré. C’est ça qui est le plus important pour nous.
Après plus de 50 ans de production intellectuelle dans un environnement qui n’est pas facile du temps. Quel sentiment éprouvez-vous?
Je n’ai rien à regretter. C’est une grande chance que j’ai. J’ai lié les choses entre mon métier et la passion. J’ai fait tout ça beaucoup plus par passion. J’éprouve un grand plaisir quand j’écris. Le scénario, le roman, une émission radiophonique. Je sens que les gens profitent de certaines choses que je produis. Je me documente beaucoup avant de donner une information ou émission.
Une conclusion ?
La première des choses pour un pays, c’est la culture et l’art. s’il y avait l’ouverture du théâtres, des salles de cinémas, des complexes, des restaurants des jardins ou les familles les gens peuvent s’épanouirent, des manèges pour les enfants, des débats et créer une vie dynamique etc. nos villes sont mortes. A part les pizzas qui marchent, rien d’autres comme animation culturelle et artistiques. Les gens passent leurs temps à consommer parcequ’ils n’y a pas d’autres animations et espaces culturelles et artistiques. Dernièrement, on a vu une pièce théâtrale au TNA et les gens, les familles étaient très contentes. Bien avant le corona. Alger est fermé à partir de 18h et 19h00. L’art nourrit l’âme.
Entretien réalisé par Amar CHEKAR