Certains êtres traversent le monde en silence, laissant derrière eux, une lumière que l’on mesure pleinement lorsqu’elle s’éteint. La véritable érudition est silencieuse .Les hommes qui savent le plus, sont souvent ceux qui parlent le moins d’eux-mêmes. Ils n’ont rien à prouver. Ils vivent simplement en compagnie des grandes œuvres, comme on vit auprès de vieux amis. Tel fut l’immense Saad El Kenz !. En effet, ceux qui l’on connu, savaient qu’ils avaient à faire à un homme, d’une érudition exceptionnelle. Son savoir était profondément intériorisé. Il habitait chacun de ses propos.
En effet, ce qui frappait avant tout chez Saad El Kenz c’était cette passion absolue pour les arts et les lettres. La culture était son souffle. Elle était sa respiration quotidienne, son horizon, son refuge, sa manière d’habiter le monde. Elle donnait un sens à son existence et nourrissait chacune de ses journées !
Cependant, ses profondes connaissances culturelles ne s’accompagnaient d’aucune ostentation, car il ne cherchait pas à impressionner. Il préférait le silence à la mise en scène, la profondeur à l’apparence, la transmission à la démonstration.
Il cultivait la discrétion, la modestie et l’humilité avec une élégance rare, qui forçait le respect, à tel point que plusieurs recueils de poèmes lui appartenant et différents essais, comme celui sur le compositeur Saint- Saens sont encore à l’état de manuscrits !. Pourtant, il a exercé pendant longtemps, dans le domaine éditorial. Mais son objectif était d’aider d’abord les autres à se faire publier. Ce « passeur de culture » privilégiait la communication, la transmission, la vulgarisation, le partage, en suscitant la réflexion, par l’observation, le décryptage, le cheminement, l’introspection , le questionnement et l’éveil culturels.
Oh ! Combien de personnes, d’étudiants, de chercheurs… qui se reconnaitront ici, a-t-il initiés, fait découvrir (en les introduisant dans son vaste univers culturel), orientés, conseillés, guidés, aiguillés…, dès qu’ils recouraient à lui, Il leurs offrait son aide, avec simplicité, sans aucune vanité, ni prétention , ni restriction, ni surtout sans aucune contrepartie, les faisant, ainsi, bénéficier de son brillant génie et de ses idées étincelantes et inédites, avec une sincérité, une discrétion et une « niya saliha » qui l’ont toujours caractérisé !
Saad El Kenz appartenait à cette catégorie d’hommes, dont la culture n’était ni un ornement, ni un moyen de distinction, mais une manière d’être au monde. En outre, pour lui, la littérature la philosophie, la musique, la peinture, l’histoire des civilisations (fascination, entre autres, pour l’égyptologie, l’antiquité gréco-romaine…), les géosciences (océanographie…) ne sont pas des domaines séparés. Ils formaient un même univers, une même quête, celle de la beauté de la vérité et de l’intelligence.
Son immense bibliothèque n’était pas une collection de livres, sans oublier la multitude de documents et les innombrables articles de presse culturels nationaux et étrangers qu’il découpait soigneusement et conservait précieusement. Tout ce patrimoine était le reflet d’une vie entièrement consacrée à la connaissance.
Les plus grands penseurs, les poètes immortels, les compositeurs de génie et les maîtres de la peinture dialoguaient quotidiennement avec lui !. Des philosophes de l’antiquité…, des siècles des Lumières, en passant ensuite par entre autres, Schopenhauer, Nietzsche…, Edgar Poe, Baudelaire, Jules Verne, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud, Kafka…, Vivaldi, Bach, Beethoven, Brahms, Saint-Saëns…, Bosch, Arcimboldo, Bruegel, Manet, Cézanne, van Gogh, Modigliani…
Tous ces immortels n’étaient pas à ses yeux , de simples références prestigieuses. Ils étaient sa famille spirituelle, ses compagnons de pensée, ses interlocuteurs silencieux ou sonores qui nourrissaient son esprit et l’aidaient à avoir un certain regard sur le monde.
Depuis son jeune âge, Il possédait cette curiosité épistémique insatiable qui caractérise les véritables humanistes. Rien de ce qui relevait de l’esprit, de l’art ou de la création artistique ne lui était étranger. Il passait avec une étonnante aisance, d’une œuvre musicale à un essai philosophique, d’un poème à une toile de maître, d’un voyage imaginaire avec Jules Verne, à la contemplation des océans, des volcans…qu’ il considérait comme de grandioses manifestations de la beauté et de la puissance de la nature !
Son parcours professionnel témoigne de cette fidélité constante au livre et à la culture. Il consacra une part importante de sa vie, comme il a été signalé plus haut, à l’analyse critique des manuscrits, mettant son exigence intellectuelle au service des auteurs et de l’édition, au sein de la Société nationale d’Edition et de diffusion SNED, puis à l’Entreprise nationale du Livre ENAL. Plus tard, comme conseiller culturel, puis dans les hautes responsabilités qu’il exerça au sein de l’Etat, il demeura cet homme de réflexion, pour qui la culture est un bien commun, essentiel au développement des sociétés. Contributeur culturel dans des journaux, hebdomadaires, revues, auteur d’un ouvrage inédit sur la musique andalouse « Rapsodie musicale Du Génie andalous » (Algérie-Espage), il appartenait à cette génération d’intellectuels qui concevaient l’écriture comme un engagement au service de la connaissance.
Saad El Kenz a passé toute sa vie, depuis sa jeunesse, à rencontrer les plus grands esprits à travers les livres, les compositions musicales, l’art pictural… L’apport de cet homme d’exception ne se mesure ni aux honneurs, ni à la notoriété, mais à l’empreinte profonde qu’il a laissée dans l’esprit de ceux qui ont eu la chance et le privilège de le connaître !
Qu’Allah lui fasse miséricorde et qu’il récompense sa quête du savoir !
Tel fut mon époux, Saad El Kenz !
Par Dr Zehor Nadia El Kenz, Née Méhamsadji

