Un artiste à la croisée des héritages. Qualifié de défenseur opiniâtre du patrimoine culturel traditionnel, Zoubir Hellal s’impose comme une figure incontournable de l’art contemporain en Algérie. Dès l’âge de quatorze ans, il intègre la Société des Beaux-Arts, marquant le début d’un parcours artistique précoce, riche et atypique. Depuis, son œuvre ne cesse d’évoluer, mêlant réflexion sur l’histoire, remise en question des mythes, et audace plastique.
Parmi les nombreuses œuvres de ZoubirHellal, l’une attire particulièrement l’attention : « Le Départ, d’Al Wassiti », une peinture acrylique sur panneau de bois réalisée en 1999, à la veille du passage au XXIe siècle. Cette œuvre fait partie d’une série intitulée « Star, Bab 2000 », aujourd’hui conservée au Musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger MaMa.
Dans cette création, l’artiste propose une réinterprétation moderne d’une miniature célèbre du peintre arabe Yahia Ibn Mahmud Al Wassiti, maître du XIIIe siècle, reconnu pour ses représentations minutieuses et vivantes de la société de son temps. À travers cette référence historique, Hellal crée un pont visuel entre passé et présent, permettant une relecture contemporaine du patrimoine.
Zoubir Hellal se dit fasciné par l’histoire de l’humanité, qu’il considère comme un réservoir d’images, de récits et de symboles. Il en extrait des séquences courtes, presque des fragments, pour alimenter son imaginaire plastique et sa narration visuelle. Dans Le Départ, d’Al Wassiti, cette fascination prend la forme d’un voyage initiatique. La barque représentée, chargée de personnages auréolés, semble voguer à travers le temps et les civilisations. Le traitement graphique, l’ajout de motifs stylisés et de fausses écritures, ainsi que la tension dramatique de la composition, évoquent un passage : celui d’une société, ou peut-être de l’humanité entière, vers une nouvelle ère. Cette réflexion artistique s’inscrit dans la même veine que le film Stargate, la porte des étoiles de Roland Emmerich, qui explore la connexion entre civilisations anciennes et futur lointain.
Zoubir Hellal se définit comme un anticonformiste. Pour lui, revisiter la tradition ne signifie pas la reproduire, mais la questionner, la déconstruire et la transcender. Son objectif est de dépouiller l’art de ses conventions, pour en extraire l’essentiel, et ainsi poser une empreinte propre, originale et affranchie des carcans anciens. Avec Le Départ, il nous livre une vision singulière de la société en mouvement, en marche vers la porte « Bab » du nouveau millénaire, à la fois porte temporelle et symbolique.
Par l’utilisation de symboles intemporels, de références historiques, et d’un langage visuel inventif, Zoubir Hellal nous invite à repenser notre rapport au passé, à l’héritage culturel, et à l’imaginaire collectif. Il propose un art engagé, poétique et critique, où chaque élément visuel est porteur de sens. Le Départ, d’Al Wassiti n’est pas seulement un hommage à l’histoire de l’art arabe. C’est une œuvre vivante, un acte de création libre, qui réconcilie mémoire et modernité, tradition et innovation, individu et société.
Contribution de, Madame Boudedja Kahina, Conservatrice du patrimoine


