Réagissant à la mouture relative au projet de la révision de la constitution, le parti des travailleurs PT, ponde un communiqué qui en dit long, a l’occasion de sa réunion hébdommadaire, n’a pas tardé à réagir, afin d’exprimer des réserves et des critiques qui lui semblent fondamentales, dans la mesure où, les aspirations du peuple, ne sont pas prise en considération. « En réalité, cette décision confisque la souveraineté populaire et donc la principale aspiration de la majorité du peuple portée par la mobilisation révolutionnaire depuis le 22 février 2019 », a-t-on souligné dans un communiqué adressé à la rédaction. Par-delà le contenu, le PT, s’interroge sur les raisons qui ont motivé sa réintroduction dans le contexte exceptionnel qui prévaut et dont « les rédacteurs des amendements reconnaissent dans la présentation qu’il ne permet pas l’organisation d’un débat populaire.Les rédacteurs avancent comme argument insensé car contraire à la réalité, que la décision de remettre à l’ordre du jour le projet est motivée par la demande de partis politiques, de la société civile…etc. », a rappelé le parti des travailleurs. Louisa Hanoune, Secrétaire Générale du parti des Travailleurs, qui a payé un prix très cher au prix de sa liberté et voire sa vie qui a été mise en danger, revient dans un long communiqué que nous reproduisons intégralement.
Rédaction
Lire le communiqué intégral:
Déclaration du parti des travailleurs 15 mai 2020
A l’issue de sa réunion hebdomadaire, présidée par la Secrétaire générale du PT, le SBP déclare :
Le parti a été saisi de l’avant-projet de révision constitutionnelle.
Par-delà le contenu, il s’interroge sur les raisons qui ont motivé sa réintroduction dans le contexte exceptionnel qui prévaut et dont les rédacteurs des amendements reconnaissent dans la présentation qu’il ne permet pas l’organisation d’un débat populaire.
Les rédacteurs avancent comme argument insensé car contraire à la réalité, que la décision de remettre à l’ordre du jour le projet est motivée par la demande de partis politiques, de la société civile…etc.
En réalité, cette décision confisque la souveraineté populaire et donc la principale aspiration de la majorité du peuple portée par la mobilisation révolutionnaire depuis le 22 février 2019.
La forme prime sur le fond :
Outre le confinement, la révision constitutionnelle est réactivée dans une situation marquée par la fermeture quasi-totale du champ politique et médiatique, le musèlement de la presse publique et privée dont certains journaux électroniques ont été bloqués et des journalistes emprisonnés, l’arrestation et la condamnation à tour de bras de nombreux activistes dans de nombreuses wilayas dans des procès expéditifs…
Dès lors, comment donner du crédit aux intentions démocratiques des rédacteurs de l’avant-projet de révision constitutionnelle, lorsqu’en plus de cet état de fait, ce gouvernement fait adopter, dans une procédure d’urgence empêchant le débat libre, des amendements liberticides et répressifs au code pénal, criminalisant tout acte ou expression démocratique critiques ou opposés à l’orientation politique du régime en place.
Il apparait de ce fait que le contournement de la volonté du peuple d’exercer pleinement sa souveraineté, a pour objectif clair consacré dans le texte, le maintien du régime issu du système de parti unique contre lequel s’est soulevée l’écrasante majorité du peuple le 22 février 2019.
Et la forme explique le fond
Par-delà la phraséologie et les contradictions dont est truffé le projet, il ressort clairement que pour ses rédacteurs il s’agit d’introduire des réformettes qui, en aucun cas, ne modifient la nature présidentialiste foncièrement anti-démocratique du régime qui se trouve renforcé par de nouvelles prérogatives au profit du président de la république.
Non, il ne s’agit pas d’un régime semi-présidentiel et l’APN garde les mêmes prérogatives telles que énoncées en 2016, prérogatives qui, pour l’essentiel sont toujours restées lettre morte.
L’indépendance de la justice, pierre angulaire dans toute démocratie n’est pas plus consacrée du fait entre autres des énormes prérogatives du président de la république maintenu comme président du haut conseil de la magistrature dont la composante proposée reflète la même volonté de préserver le régime en place. Orientation dénoncée par les représentants des magistrats et de nombreux constitutionnalistes sérieux.
Plus grave encore, le projet consacre une dérive sans précédent à travers la proposition de constitutionnalisation de la participation de troupes de l’armée nationale populaire dans des opérations dites de maintien de la paix décidées par l’ONU, l’UA, la ligue arabe….
Nous sommes face à une rupture claire avec les objectifs de la révolution algérienne et qui ont imprimé, depuis l’indépendance nationale, la politique de l’Etat algérien en matière de sécurité et de diplomatie – Une politique consacrant la souveraineté de l’Etat, la non-ingérence dans les affaires des autres pays, la recherche de la paix dans le monde, une politique défensive jamais agressive.
Nous le savons tous, les opérations dites de maintien de la paix sont décidées par les grandes puissances (administration américaine, Etats européens..) dans le cadre d’interventions militaires directes ou par procuration, dislocatrices des nations (IRAK, Syrie, Lybie, Liban, Congo, Mali, Yemen, Haïti…ex Yougoslavie, ….).
Nous le savons tous, ces opérations ont pour objectif le pillage des ressources naturelles et richesses des peuples dans une colonisation sans frais.
Nous le savons tous, la ligue arabe et l’Union africaine n’ont jamais joui d’une quelconque indépendance, considérant la soumission de la majorité de leurs membres aux ordres des puissances impérialistes, des gouvernements qui n’ont pas hésité à participer dans la destruction de pays voisins agissant comme sous-traitants.
Nous le savons tous, depuis des décennies l’administration américaine cherche à imposer des bases militaires, Africom, dans notre pays, la participation de notre pays à travers le budget de l’Etat à l’effort de ses sales guerres, à utiliser les soldats d’autres pays dont le nôtre comme chair à canon pour réduire les pertes en vies humaines des soldats US.
Et nous le savons tous, participer dans de telles opérations c’est, de fait, comme l’établit la situation de tous les pays qui ont accepté de s’y soumettre, une perte totale de souveraineté de décision de l’Etat, c’est être un acteur direct dans les crimes commis par les grandes puissances à l’encontre de nombreux peuples.
A contrario c’est parce que l’Etat algérien a refusé toute solution venue de l’extérieur et a mis en œuvre une solution exclusivement algérienne que notre pays a pu préserver son intégrité et sa souveraineté suite à la tragédie nationale.
Est-il besoin, en outre, de rappeler que les pays dont les armées ont participé à des opérations militaires contre d’autres pays, ont été particulièrement ciblés par le terrorisme international qu’il s’agisse des grandes puissances qui ont pris les décisions ou les pays qui y ont participé.
En réalité, les interventions militaires étrangères nourrissent le terrorisme international.
Mais qu’est-ce qui motiverait une telle aventure, celle de transformer notre Armée nationale en une armée supplétive des armées des grandes puissances alors que le président Tebboune lui-même avait écarté cette option de manière catégorique quelques jours auparavant ?
Qui peut accepter la destruction de notre identité par l’abandon des principes qui ont guidé notre politique étrangère dans sa globalité (diplomatique et militaire) des principes qui ont préservé notre souveraineté et notre indépendance.
Alerte
Il y a péril en la demeure car le fait même d’y avoir songé traduit un état d’esprit des plus dangereux pour la nation. En réalité, l’introduction d’une telle proposition gravissime que seules les grandes puissances applaudiraient car répondant à leurs exigences, explique le choix du moment pour relancer le projet de révision constitutionnelle, à savoir la période de confinement. Et cela est confirmé en outre par le contenu de la majorité des amendements, farfelus pour certains, renforçant pour d’autres, la nature du régime rejeté par l’écrasante majorité.
Il est plus que nécessaire de rappeler que la reconnaissance constitutionnelle de Tamazight comme langue nationale en 2002 puis officielle en 2016 est l’aboutissement d’un long combat populaire et militant, consolidant l’unité du peuple et de la nation algérienne. Le mouvement révolutionnaire du 22 févier a soudé davantage cette unité et a montré combien le peuple algérien, sur tout le territoire national, est fier de cette reconnaissance, attaché à sa dimension amazigh, élément constitutif de son identité nationale et ciment de son unité et de la fraternité entre ses deux composantes linguistiques, que le système a de tout temps œuvré à briser depuis l’indépendance en fomentant des tensions et des divisions artificielles.
Pour le Parti des travailleurs, ce n’est certainement pas un hasard que la relance du projet de révision constitutionnelle coïncide avec l’adoption par le Conseil des ministres du projet de loi de finances complémentaire (LFC) 2020 qui consacre une régression violente en matière de souveraineté économique de l’Etat par, notamment, l’abandon du droit de préemption de l’Etat (revendiqué par Total et l’ex chef de l’oligarchie prédatrice…), une règle que même les Etats capitalistes appliquent, l’abandon de la règle 51/49, réservée désormais à un vague secteur stratégique.
Certes, cette règle avait été dévoyée par les précédents gouvernements au service de l’oligarchie en association avec des multinationales dans des contrats maffieux qui ont permis le pillage des ressources nationales, du foncier public etc …Mais cette règle a permis aux travailleurs d’arracher, dans de nombreux cas, la renationalisation partielle de leurs entreprises et donc leur sauvetage, la relance de leurs activités et la préservation des emplois. Tout comme l’Etat a pu intervenir, usant de son droit de préemption, pour sauver des entreprises menacées de disparition ou annuler des contrats basés sur le pillage étranger.
Dans la foulée du projet de révision constitutionnelle et de la LFC 2020, il est annoncée la fin du logement social différée à l’année prochaine selon le ministre du secteur alors que l’augmentation des prix des carburants vient rogner un pouvoir d’achat déjà laminé et de fait annuler la dérisoire augmentation du salaire national minimum garanti de 2000 DA.
Et une offensive brutale est dirigée contre le système de retraite à travers l’allongement tacite de l’âge de départ à la retraite à 65 ans pour l’ensemble des travailleurs, la manœuvre qui consiste à dire qu’il s’agira d’un choix volontaire pour le salarié ne pouvant camoufler les véritables desseins à court terme d’en finir avec une règle. Bien des gouvernements ont usé de ce subterfuge.
Cette nouvelle orientation s’inscrit dans la continuité de la politique antinationale mise en œuvre par le précédent gouvernement notamment à travers la révision de la loi sur les hydrocarbures et le retour à l’endettement extérieur officiellement rejeté par le président Tebboune mais en réalité introduit sous couvert de financement de grands projets.
Ainsi, la nature sociale de l’Etat, née de la révolution de novembre 1954 est abandonnée tout comme le sont des attributs de la souveraineté économique.
Dans les faits, cette nouvelle orientation qui sous-tend le projet de révision constitutionnelle et la LFC 2020 consacre comme jamais, la marche à la destruction des conquêtes de l’indépendance nationale et donc la rupture avec la révolution algérienne.
Dans le même temps, elle démontre que le changement profond conforme aux aspirations de l’écrasante majorité à l’avènement de la démocratie véritable avec son contenu politique et social ne saurait venir que d’en bas, de la société elle-même.
Par conséquent, la concrétisation de cet objectif majeur, impliquant la rupture avec le régime non réformable issu du système de parti unique, passe par l’exercice par le peuple de sa pleine souveraineté à travers un débat libre, pour décider de la nature des institutions, aboutissant à la réunion d’une Assemblée constituante souveraine (ACS) dans laquelle siègeront les représentants du peuple mandatés qui rédigeront la constitution conformément à la volonté du peuple.
Et contrairement aux affirmations en vertu desquelles l’ACS serait porteuse de chaos, nous réaffirmons, et de nombreux exemples dans le monde le prouvent, qu’un tel processus intervenant dans des situations révolutionnaires posant l’exigence d’une reconstruction politique nationale démocratique est un facteur d’ordre car consacrant l’émancipation du peuple garant de la souveraineté nationale.
Considérant la nature des développements sus-évoqués le Secrétariat permanent, après échanges entre les membres du bureau politique sur l’appréciation de la situation politique, ce dernier décide d’élargir la discussion aux membres du Comité central puis la base militante pour dégager la position à adopter à l’égard de l’avant-projet de révision constitutionnelle. En tout état de cause, fidèle à ses principes et engagements, la position du PT ne peut être que conforme aux aspirations du peuple telles que exprimées dans la mobilisation révolutionnaire du 22 février 2019.
Le Secrétariat du bureau politique du PT
Alger, 15 mai 2020


