L’Algérie franchit une étape décisive dans la protection de son espace numérique. Le 3 mars 2026, l’Agence de Sécurité des Systèmes d’Information ASSI, rattachée au ministère de la Défense nationale, a officiellement publié la première édition de la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information SNSSI 2025-2029. Approuvée par décret présidentiel fin 2025 et signée par le président Abdelmadjid Tebboune, cette feuille de route ambitieuse vise à sécuriser la transformation numérique accélérée du pays face à des menaces cybernétiques de plus en plus sophistiquées.
L’Algérie déploie massivement les outils numériques pour simplifier les démarches administratives, booster l’économie et améliorer le quotidien des citoyens. Mais cette ouverture expose aussi les institutions, les entreprises et les infrastructures vitales à des risques graves. Ce qui est souligné dans la préface du Chef de l’état, écrivant que « Cette politique serait sans aucun doute une cible prioritaire pour les ennemis de notre pays, soulignant la nécessité de mécanismes robustes pour contrer « les attaques malveillantes ».
La vision affichée est claire et moderne : « Garantir la résilience cybernétique nationale » en renforçant trois piliers essentiels : la prévention, la détection rapide et la réponse efficace aux incidents, tout en préservant la souveraineté numérique du pays. En clair, l’objectif est de rendre les systèmes algériens capables de résister, de se rétablir rapidement après une attaque et de continuer à fonctionner même sous pression.
Pour y parvenir, la stratégie s’articule autour de quatre grands axes :
Renforcer les capacités techniques et opérationnelles : il s’agit de mieux protéger les systèmes et les infrastructures critiques (énergie, santé, eau, transport, télécoms, administration, alimentation de base… grâce à des outils de surveillance, de détection d’intrusions et de gestion des crises.
Consolider le cadre légal, réglementaire et normatif : mettre à jour les lois existantes et créer des standards nationaux obligatoires pour imposer des niveaux minimaux de sécurité, notamment pour les entités publiques et les opérateurs essentiels.
Investir massivement dans les ressources humaines : former et qualifier des milliers de spécialistes en cybersécurité, encourager la recherche et l’innovation locale, et diffuser une véritable culture de sécurité auprès des citoyens, des fonctionnaires et des entreprises. Le document insiste : l’humain reste le maillon le plus faible… et le plus précieux.
Développer la coopération : intensifier les échanges entre secteurs public et privé au niveau national, mais aussi nouer des partenariats internationaux stratégiques et techniques, tout en participant activement à l’élaboration des normes mondiales.
Pourquoi cette stratégie arrive-t-elle à point nommé ?
Parce que les cyberattaques explosent partout dans le monde — et l’Algérie n’est pas épargnée. En 2024 déjà, le pays figurait parmi les nations les plus ciblées, avec des dizaines de millions de tentatives enregistrées. Ransomware, espionnage numérique, attaques sur les services publics ou les banques : les risques sont réels et croissants avec la numérisation des services (e-administration, paiement en ligne, etc..
Si la publication du document est une excellente nouvelle, sa réussite dépendra maintenant de sa mise en œuvre concrète : budgets dédiés, recrutement accéléré de talents, adoption rapide de textes contraignants, exercices de simulation réguliers, élaboration de KPIs de référence et campagnes de sensibilisation grand public. L’ASSI a un rôle central à jouer pour coordonner tout cela.
Avec cette SNSSI 2025-2029, l’Algérie affirme sa volonté de ne pas subir la révolution numérique, mais de la maîtriser en toute sécurité. Un pas majeur vers une souveraineté numérique réelle, indispensable à la protection de l’économie, des institutions et des citoyens dans un monde de plus en plus connect et vulnérable.
Synthèse de Cherif HADDAD


