Conseillant les patients de consulter les médecins généralistes au préalable, Dr Mehdi Goutali souligne « Il faut juste faire un dépistage sanguin. Une fois par an. Pour ceux qui sont déjà malades avec un diagnostic de cancer de prostate, le traitement existe », a-t-il rassuré dans un entretien détaillé.
Algerie62 : Les services de l’urologies sont pratiquement pleins. Quelles sont les causes de la prostate ?
Dr Mehdi Goutali : La maladie prostatique est une maladie liée à l’âge. C’est l’hypertrophie prostatique qui est bénin dans sa grande majorité. L’immense majorité des cas, est une augmentation du volume de la glande qui s’accompagne aussi d’une perte de la souplesse de la glande. Quand l’urine passe au milieu de cette glande, il y a une difficulté urinaire qui va résulter de cette augmentation de volume. La perte de la souplesse. Donc, il y a des symptômes. On se réveille la nuit. On a du mal à vider sa vessie et à retenir les urines. L’urologue vérifie que c’est bénin. Il n’y a pas de maladie malénique qui se cache derrière cette augmentation de volume. Il y des analyses et un examen clinique et ensuite démarrer un traitement qui va faciliter l’écoulement d’urine, la vidange de la vessie et donc, d’améliorer les symptômes.
Cette maladie est fréquente maintenant. Probablement, il y a plus de diagnostics. Auparavant, on ne savait pas s’il y a plus de maladies prostatiques ou non. Nos ainés, nos anciens urologues et chirurgiens et les médecins, nous racontent que c’était fréquents dans les années 30 et 40 « Années 1930-1940 Ndlr », ça fait mal à l’époque parce qu’il n’y avait pas l’accès aux soins et ce n’était pas simples en Algérie.
Actuellement, l’analyse du PSA est une analyse sanguine pour dépister le cancer de prostate. Cette analyse n’était pas souvent disponible. Ce n’est qu’à partir des années 2000 ou peut être vers la fin des années 1990 que ça a commencé. Même dans les pays de l’occident. C’est peut-être à partir du début des années 1990 qu’on en fait l’analyse PSA. Donc, c’est une fois que la démocratisation de l’accès aux soins qu’on en parle un peu plus de la prostate.
A partir de quand on commence à s’inquiéter réellement de cette maladie ?
Pour ceux qui ont des symptômes, il faut consulter le médecin lorsque, il y a des difficultés à commencer ou de terminer la miction. Quand il faut pousser l’urine pour terminer, ce n’est pas normal. Quand on se lève plus de trois fois la nuit constamment et ce n’est pas lié à l’alimentation ou le fait d’avoir bu un peu trop d’eau le soir. Quand il y a des urgences. Quand on arrive plus à retenir ses urines et on est gêné dans ses activités quotidiennes. Là c’est un motif de consultation. Ça va orienter vers l’adénome prostatique le plus souvent. Par rapport au cancer de prostate qui est la maladie maligne, tout hommes doit faire éventuellement un dosage de PSA entre l’âge de 50, 60 et 75 ans ; selon les recommandations internationales. Parce que c’est l’intervalle à risque. Dans cet intervalle, au cours d’un bilan annuel ou sanguin, on demande juste un PSA « Prostate Spécifique Antigène » qui est une analyse sanguine qui doit être située entre 0 et 4ng.
Est-ce qu’on peut justement guérir de cette maladie après le traitement ?
« …Dr Goutali, reformule la question ». Est-ce que le traitement de la prostate évite le cancer ? Non. La prostate est liée à l’âge. Donc, plus on prend de l’âge, plus on risque de faire un cancer de prostate. C’est un phénomène statistique. C’est lié très probablement à l’affaiblissement du système immunitaire de la personne qui prend de l’âge et à d’autres facteurs génétiques qu’on ne maîtrise pas encore bien. Il y a des facteurs alimentaires ou environnementaux qu’on ne maîtrise pas actuellement. Il n’y a pas de conseil particulier à donner. Est-ce qu’il y a un traitement préalable pour l’éviter ? non, il n’y aucun traitement qui l’évite. On est pratiquement égaux devant ce risque. Il faut juste faire un dépistage sanguin une fois de temps en temps. Une fois par an. Mais, pour ceux qui sont malades. Ceux qui se retrouvent avec un diagnostic de cancer de prostate, le traitement existe. La situation actuelle notamment en Algérie 2024. On a tout ce qu’il faut.
Le diagnostic, et pour l’exploration et pour le traitement. Il y a plusieurs options qui peuvent le traiter selon le stade de la maladie au moment du diagnostic. On peut bénéficier d’une radiothérapie, d’une chirurgie très importante qui permet d’éradiquer la maladie. On peut bénéficier d’une hormonothérapie, les chimiothérapies pour les cas dépassés ou avancés existent. Ils sont fournis par les hôpitaux publics, malgré des prix très élevés. Ils sont disponibles et les patients algériens en bénéficient. Donc, c’est une maladie qui est tout à fait gérable. On peut la gérer pour en guérir, ou la gérer pour freiner son évolution. Les solutions existent. La seule chose c’est d’avoir un diagnostic correct et précoce pour aller vers le traitement efficace.
Qu’en est-il justement du rôle et de l’importance du médecin généraliste dans la prévention et la détection des maladies ?
Je souligne que le rôle du médecin généraliste est très important. Le médecin généraliste gère ces situations au stade du diagnostic. Il demande lui-même le PSA. Il peut orienter le patient chez un spécialiste si cela est nécessaire. Il est aussi habilité à traiter l’adénome de prostate dans ses formes un peu simples. Le rôle du médecin généraliste dans le dépistage et très important. Parce que, le médecin généraliste voit plus de patients que nous. Ils sont plus près de monsieur tout le monde qui n’a pas encore de maladie déclarée. Et donc, son rôle et très important.
Les patients évitent généralement les chirurgies. Quelles sont les causes et les conséquences?
Pour l’adénome de prostate qui n’est pas une maladie grave. La chirurgie concerne des situations évoluées graves avec des rétentions qui n’arrivent pas à se débarrasser de la sonde et des insuffisances rénales. Des blocages urinaires ou des formations de calcules liés à la stagnation de l’urine. Les interventions sont maitrisées. Celles-ci comportent un pourcentage de risques de complications qui ne sont pas liées à des erreurs médicales, mais des complications liées à la maladie elle-même. Il peut y avoir un défaut de cicatrisation, parfois des petits problèmes hémorragiques que les urologues gèrent. Actuellement, ces pathologies sont devenues couramment opérées avec peu de risques par rapports aux conséquences. La maladie cancéreuse de la prostate, nécessite l’ablation de la glande entière. Les conséquences de ce type de gestes sont plus sérieuses. Il y a un risque d’incontinence urinaires. Le sphincter urinaire accolé à la prostate et qui peut être touché lors du geste. Si ce sphincter est très anatomiquement chez la personne et si vraiment celui ci est collé à la glande, le chirurgien doit retirer la glande et le sphincter est en contact, il peut être incisé et ça comporte un risque d’incontinence urinaire. Selon la dernière étude internationale que j’ai lue, il serait de 15% de risques. Donc, un patient sur six peut faire une incontinence, selon des études Européennes. Il y a aussi le risque d’atteindre la fonction sexuelle. Parce que, les nerfs responsables de l’érection passent de part et d’autre de la prostate et la lésion du nerf peut entrainer une perte définitive de l’érection. C’est un risque qui existe.
Quel conseil pouvez-vous prodiguer en tant que spécialiste pour soulager les souffrances des patients en particulier et les citoyens de manière générale qui se plaignent de ces douleurs ?
Pour l’adénome de prostate, je pense que ceux qui ont des difficultés urinaires doivent consulter un urologue spécialiste qui permettra de poser le diagnostic et d’instaurer le traitement avant d’arriver à des situations que l’adénome de prostate, maladie bénigne s’aggrave. Par exemple la rétention d’urine, le blocage urinaire, la formation de calcule dans la vessie, le reflux de l’urine vers les reins et parfois ça va jusqu’à l’insuffisance rénale. Donc, on doit consulter tôt quand on a des symptômes. Ça va permettre de diagnostiquer, traiter et d’éviter des situations extrêmes. Pour le cancer de prostate, comme il n’y a pas de consignes, il n’y a pas de facteurs de risques identifiés clairement. La seule consigne c’est de profiter du bilan annuel de faire un PSA et de consulter chez un spécialiste. Si le PSA et supérieur à 4ng. En dessous de 4ng, ce n’est pas la peine de consulter un spécialiste.
Entretien réalisé par Amar CHEKAR


