Il est quasiment impossible d’évoquer les pionniers d’art plastiques en Algérie sans citer l’artiste Fatma Haddad. Connue sous le pseudonyme de Baya, une véritable héroïne au destin exceptionnel que certains historiens de l’art la comparent à la célèbre artiste mexicaine Frida Kahlo.
Très jeune, Baya se trouve doublement orpheline. Élevée par sa grand-mère, qui travaillait dans une ferme horticole des Farges, ainsi, elle est plongée dans un univers végétal qui marquera profondément son imaginaire et nourrit son inspiration. Très tôt, son talent artistique émerge, et la propriétaire de la ferme, remarquant ses dons, décide de la présenter à sa sœur, Marguerite Caminat, artiste amateur et proche de figures majeures telles que Braque et Matisse. Cette rencontre sera décisive : Baya emménage chez Marguerite pour se consacrer pleinement à l’art.
À seulement seize ans, elle expose pour la première fois à la prestigieuse galerie Maeght, une étape qui lui vaudra la reconnaissance de grands noms de l’art tel que Picasso. Aujourd’hui, nous avons choisi, pour nos chers lecteurs, une œuvre issue de la collection du Musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger : une gouache sur papier réalisée en 1982, intitulée Femme au bouquet, de dimensions 101 x 50 cm.
Une œuvre ornée de thèmes fétiches, aux quels Baya demeura fidèle tout au long de son parcours au style singulier. Représentant des jardins idylliques embellis de fleurs, inspirés des paysages de la ferme des Farges, centrée d’une silhouette de femme une représentation omniprésente dans le travail de Baya, à ce sujet elle confie à Dalila Morsly lors d’un entretint « J’ai l’impression que cette femme que je peins est un peu le reflet de ma mère (…) et que j’ai été influencée par le fait que je ne l’ai pas très bien connue, que j’ai été imprégnée de son absence. »
Quant aux instruments de musique — luths et guitares — qui ornent les œuvres de l’artiste, ils font leur apparition après son mariage avec le célèbre musicien El Hadj Mahfoud. Baya explique : « À la maison, il y avait des instruments de musique partout. De vivre au milieu de tous ces instruments m’a influencée. »
Baya, artiste d’une sensibilité unique, que le poète et écrivain André Breton considère comme étant une annonciatrice d’un commencement, et sur ce commencement, Baya est reine.
Contribution De Mme Kahina BOUDEDJA,
Cheffe de département des activités de recherche, de la publication et de la documentation
Cinémathèque Algérienne

