Au lendemain du discours du Président de la République « 31 décembre 2025 Ndlr » se voulant rassurant, dans lequel il a longuement insisté sur la protection du pouvoir d’achat des Algériens et la nécessité de préserver les classes moyennes, les citoyens découvrent avec stupeur une hausse soudaine des prix des carburants à la pompe. Une décision d’autant plus déroutante qu’elle intervient immédiatement après des engagements officiels en faveur de la maîtrise de l’inflation et de la stabilité sociale.
Prise sans débat public et en dehors du cadre de la loi de finances, cette augmentation apparaît précipitée et difficilement justifiable. Or, l’énergie constitue un pilier central de l’économie nationale : toute hausse de son coût se répercute mécaniquement sur les transports, les produits alimentaires et l’ensemble des services. Les conséquences sont immédiates : une pression accrue sur les ménages et un affaiblissement de la compétitivité des entreprises.
En effet, cette décision représente un défi majeur pour la compétitivité internationale des entreprises algériennes. Elle remet en cause l’un de leurs principaux avantages comparatifs : l’accès à une énergie historiquement subventionnée, qui devait précisément soutenir la stratégie de conquête des marchés extérieurs, notamment africains.
Or, pour une large majorité des entreprises algériennes, le transport terrestre demeure le principal, voire l’unique, moyen d’acheminer et d’écouler leurs marchandises, tant sur le marché national qu’à l’export. Dans ce contexte, l’augmentation du prix du gazole, carburant essentiel du transport routier, entraîne une hausse immédiate des coûts logistiques, alourdissant l’ensemble de la chaîne de valeur.
Les entreprises sous fortes pressions
Cette évolution place les entreprises, notamment exportatrices, sous forte pression. Elles se retrouvent confrontées à un choix difficile : absorber cette hausse au détriment de leur rentabilité et de leur capacité d’investissement, ou la répercuter sur leurs prix, au risque de perdre leur avantage concurrentiel face à des entreprises étrangères bénéficiant de coûts logistiques plus maîtrisés.
À terme, la hausse du gazole risque ainsi de priver les entreprises algériennes d’un levier stratégique essentiel et de fragiliser durablement leur position face à la concurrence régionale et internationale.
Par ailleurs, ce qui interpelle le plus, c’est la méthode. Aucune explication claire, aucune justification économique accessible au grand public, aucun dispositif d’accompagnement. Le citoyen n’est ni informé ni associé : il découvre la décision directement à la pompe. Gouverner par la surprise ne saurait tenir lieu de politique publique. Cette démarche va d’ailleurs à l’encontre des principes de communication institutionnelle régulièrement mis en avant par le Président de la République, qui a toujours insisté sur le dialogue avec la presse et l’information du peuple comme fondements de la gouvernance.
Les nouveaux prix du carburant soulèvent de sérieuses interrogations
Cette décision soulève également de sérieuses interrogations quant à sa cohérence avec la politique énergétique nationale. Les chiffres sont éloquents :
Gazole : de 29,01 DA à 31 DA +6,9 %
Essence sans plomb : de 45,62 DA à 47 DA +3 %
GPL-C Sirghaz : de 9 DA à 12 DA +33,3 %
La hausse du GPL-C est, de loin, la plus incompréhensible. Présenté comme une alternative plus propre et officiellement encouragée par l’État, ce carburant est paradoxalement le plus lourdement pénalisé. Une orientation en totale contradiction avec les objectifs affichés de transition énergétique, qui frappe directement des milliers d’usagers ayant fait le choix responsable de cette solution.
Certes, l’Autorité de régulation des hydrocarbures dispose légalement du pouvoir d’ajuster les prix. Mais une décision d’une telle ampleur, aux impacts sociaux et économiques majeurs, ne peut être prise sans débat, sans anticipation et sans respect du citoyen.
Les Algériens méritent mieux que des décisions brutales et contradictoires qui érodent leur pouvoir d’achat et compromettent l’avenir économique du pays.
Contribution / Pr Boukrif Moussa
Directeur du laboratoire de Recherche en Management et Techniques Quantitatives RMTQ. Responsable de la filière sciences de gestion, département sciences de gestion, faculté FSCSG, Université A. MIRA de Bejaia.


