La grève générale des huit jours de 1957 a marqué un tournant stratégique dans la lutte pour l’indépendance du pays, en mobilisant massivement les Algériens dans un acte de résistance qui a réussi à projeter la question nationale sur la scène internationale, notamment à l’ONU, où elle est devenue un sujet central des débats sur la décolonisation.
Décidée par le Comité de coordination et d’exécution CCE du Front de libération nationale FLN 1954-1962, cette grève, observée du 28 janvier au 4 février 1957 à l’échelle nationale, a témoigné du niveau élevé de conscience politique du peuple algérien et de sa capacité de résistance, amplifiant l’écho de la cause nationale dans les instances internationales, selon Amar Belkhodja, journaliste et chercheur en histoire.
Rappelant le contexte historique de la grève, il a explique qu’au 1er janvier 1957, alors que la lutte armée entrait dans son 793e jour, l’Armée de libération nationale ALN se battait héroïquement dans les montagnes, tandis que les réseaux urbains multipliaient leurs actions de résistance dans les villes. Face à cette situation, l’armée française appelait sans cesse des renforts pour mater la rébellion. Les politiciens français prétendaient que la victoire était imminente, affirmant qu’il ne restait qu’un quart d’heure. Cependant, cette assertion s’est avérée illusoire, car ce quart d’heure allait s’étendre encore sur cinq ans et demi de guerre.
La France coloniale, comptant sur une solution militaire, a déployé un arsenal massif, rappelant ainsi la politique de la terre brûlée menée dès les premières années de l’invasion de l’Algérie par le général Bugeaud et la soldatesque française. L’occupant affirmait alors que la question algérienne était une affaire interne à la France. Pourtant, depuis le 20 août 1955, l’ONU avait cessé de prêter attention à la diplomatie française, souligne M. Belkhodja. A Paris, malgré l’insurrection déclenchée le 1er novembre 1954, les autorités persistaient à nier que le FLN représentait le peuple algérien. Or, la grève générale des huit jours, lancée le 28 janvier 1957 à travers tout le pays, constituait un démenti cinglant à ceux qui défendaient l’Algérie française, plaçant ainsi le gouvernement français dans une position délicate.
L’appel à la grève a été rédigé avec soin par le FLN à l’époque, qui soulignait que le peuple algérien devait démontré son soutien unanime pour l’indépendance nationale, son seul et authentique représentant, afin de renforcer la légitimité de ses délégués auprès de l’ONU, insiste Ammar Belkhodja, ajoutant que l’objectif était d’impliquer toutes les couches sociales et d’unir le pays derrière la cause de la libération.
La préparation de l’opération était minutieuse : des comités de grève ont été mis en place dans chaque wilaya, supervisés par des sous-comités au niveau régional, des villes et des quartiers, précise le chercheur en histoire. Les commerçants et les professions libérales ont été invités à participer massivement à la grève. En outre, des comités ouvriers ont été formés dans les secteurs clés, tels que les docks, les transports, la radiodiffusion, les PTT et les services municipaux, pour assurer le succès de cette grève, qui a également vu la participation des étudiants et d’autres groupes sociaux.
F.F


