En remettant au centre la figure de Saint Augustin, la visite du pape Léon XIV en Algérie impose une évidence que certains discours refusent encore d’admettre : l’histoire de l’Algérie est ancienne et universelle.
La visite d’Emmanuel Macron au Vatican et sa rencontre avec le pape Léon XIV ont été interprétées, dans certains cercles marqués par un prisme français, comme une volonté de peser sur les thèmes à aborder lors du déplacement du souverain pontife en Algérie. Cette lecture révèle moins une réalité diplomatique qu’un héritage persistant : celui d’une vision où la France continue de se percevoir comme un acteur influent.
La mise au point de L’Archevêque d’Alger, Mgr Jean-Paul Vesco est, à cet égard, particulièrement édifiante. En affirmant que « les relations algéro-françaises sont absentes des considérations du pape » et que « L’Algérie est infiniment plus complexe que la façon dont elle est perçue par certains depuis la France », L’Archevêque d’Alger rappelle que l’Algérie a une histoire ancienne.
Cette profondeur historique, incarnée par la figure de Saint Augustin, né à Thagaste « actuelle Souk Ahras », symbolise une Algérie antique, carrefour de civilisations, bien antérieure à la conquête française. En mobilisant cette référence, le Vatican ne s’inscrit pas dans une logique diplomatique conjoncturelle, mais dans une mémoire méditerranéenne et universelle. L’Algérie apparaît ainsi comme un espace historique dense, traversé par des influences multiples, numides, romaines, byzantines, islamiques, qui ont façonné une identité complexe et profondément enracinée.
Cette réalité historique constitue une réponse implicite aux propos tenus, en octobre 2021, par Emmanuel Macron, lorsqu’il s’interrogeait, lors d’un échange à l’Élysée avec des jeunes issus de familles de harkis et de pieds-noirs, sur » l’existence d’une nation algérienne avant la colonisation ». Une telle interrogation s’inscrit dans une lecture héritée du récit colonial, qui tend à fragmenter les continuités historiques locales afin de légitimer l’entreprise coloniale.
À l’inverse, l’évocation de Saint Augustin rappelle que l’Algérie participe depuis des siècles à l’histoire intellectuelle, religieuse et culturelle de l’humanité. Dans cette perspective, la visite du pape revêt une portée symbolique majeure. Elle réhabilite une mémoire plurielle et partagée, où Saint Augustin devient un pont entre le christianisme et l’islam, mais aussi entre le passé et le présent, entre l’Afrique, l’Orient et l’Europe. Loin de se réduire à un événement religieux, cette visite s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance mutuelle et de dialogue interculturel. L’écho international de cette visite confirme cette lecture. De nombreux médias étrangers y voient un geste d’ouverture et de dialogue interreligieux, saluant la reconnaissance d’une histoire algérienne profonde et plurielle.
En revanche, une partie de la presse française adopte un ton plus réservé, voire critique. Cette dissonance s’explique en partie par la persistance d’un cadre d’analyse centré sur la relation franco-algérienne, où chaque événement est interprété à travers le prisme des tensions bilatérales. Elle tend vainement à réduire la portée universelle de la visite pontificale.
Au fond, cette visite ne se contente pas de raviver la mémoire de Saint Augustin ; elle redonne à l’Algérie ce que certains discours lui contestent encore : une profondeur historique, une continuité civilisationnelle et une place centrale dans l’histoire de l’humanité. Elle constitue, en cela, une invitation à repenser l’Algérie, en la replaçant dans la longue durée de son histoire et dans la richesse de son identité plurielle.
Par Mohamed HAKEM


