Il fait partie de la génération des années trente, on le surnomme le gentleman pour ses qualités, jugé d’humble et de discret. Il est considère comme l’un des fondateurs de l’art moderne en Algérie, malgré une inspiration peu généreuse par faute de sa carrière de conservateur au musée de l’enfant à Alger, son art glane les différents styles et techniques, il mêle à ses créations l’abstraction de Odilon Redon, le fauvisme de Matisse et l’expressionisme de Paul Cézanne. Il est l’un des maîtres du graveur en Algérie auprès de ses amis Khadda et Benanteur.
Aujourd’hui nous avons choisi de mettre en lumière une gravure de Louail, conservée au musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger, intitulée Fuite du temps portant le numéro d’exemplaire 32/40 de format 28X25 cm.
L’œuvre Fuite du temps, illustre de manière allégorique la thématique universelle du temps et de son irréversibilité. À travers la technique de la gravure, Louail développe une réflexion visuelle nourrie par la littérature classique française et par sa propre conception du rapport entre la création et la temporalité. Cet article se propose d’analyser cette œuvre à la lumière de ses références esthétiques et philosophiques, tout en situant la démarche de l’artiste dans le contexte de sa pratique plastique.
Réalisée en 1992, la gravure Fuite du temps s’inscrit dans une réflexion profonde sur la temporalité, la mémoire et la condition humaine. Selon Louail, cette œuvre existe également sous forme de dessin au fusain, médium qu’il utilise pour initier ses projets de toiles, comme il l’a déclaré dans une interview accordée au quotidien d’El Watan.
Ce double support, du fusain à la gravure, traduit déjà la tension entre le geste éphémère dudessinet lafixation durable du trait gravé. Fuite du temps s’impose ainsi comme une méditation visuelle sur la fragilité du présent et la quête de permanence à travers l’art.
Louail s’inspire ici de la “Stance à Marquise” de Pierre Corneille, poème dans lequel le dramaturge vieillissant s’adresse à une jeune femme pour lui rappeler la fuite du temps et la vanité de la beauté.
L’artiste introduit cependant une dimension ironique en s’appuyant sur le quatrain de TristanBernard, où Marquise répond avec légèreté, revendiquant sa jeunesse et son présent contre la gravité du moraliste.
Fuite du temps renvoie à un thème universel, hérité de la philosophie antique et cher aux moralistes classiques : celui de la fragilité de l’existence et de la précarité de la beauté. Chez Louail, le temps n’est pas seulement destructeur ; il devient lemoteur de la création. Par le passage du fusain à la gravure, il transforme l’éphémère en mémoire. noir et blanc, la rigueur du trait et la tension des formes font de cette œuvre une réflexion visuelle sur la temporalité, mais aussi sur lafonction de l’art comme résistance à l’oubli.
En revisitant le dialogue poétique entre Corneille et Tristan Bernard, Mohamed Louail transforme la méditation sur le temps en une expérience plastique et symbolique.
Par la sobriété du noir et blanc, la justesse du trait et le pouvoir évocateur de la forme, Fuite du temps condense l’essence de sa démarche artistique : faire de la matière gravée le lieu d’une poétique de l’éphémère.
Par Mme Kahina Boudedja
Cheffe de département des activités de recherche, de la publication et de la documentation.


